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  • ruedutheatre

Défaut d’origine

Un seule-en-scène autobiographique drôle et émouvant qui touche au cœur tout un chacun


Yasmine Laassal est déjà sur le plateau quand les spectateurs entrent dans la salle. Elle porte une robe légère, soyeuse, de couleur blanc cassé, style hollywoodien d’époque. Déjà tout un symbole.


Le spectacle commence. La comédienne nous montre le magazine Télé 7 jours avec Rita Hayworth en couverture et nous précise qu’il s’agit de celui du mois de mai 1976 mais que cela aurait pu être celui du mois d’avril. Et pour cause ! C’est en lisant un article sur la star américaine dont la fille se prénomme Yasmin que sa maman, qui vient d’accoucher, choisit ce prénom-là qui fait référence au jasmin. On sourit. Le ton est donné.


Durant plus de soixante minutes, Yasmine nous parle de son enfance, de son adolescence, se livre, se confie, se met à nu, sans fard mais aussi sans le moindre reproche ni règlement de compte. Elle est le fruit exotique d’un amour de vacances passées au Maroc ; elle porte le nom de son papa, un nom qui se lit dans les deux sens mais un papa resté au pays qui fera très, très rarement l’aller-retour.


Pas facile pour elle de grandir, de suivre sa scolarité, fin du XXe siècle, dans une petite ville de province wallonne quand sa maman qui a la quarantaine est ce qu’on appelait une fille-mère. Comment trouver sa place dans une classe quand on est étiquetée voire rejetée ? On lui refuse, notamment, de jouer les princesses parce que ses cheveux sont noirs et frisés. Alors Yasmine rêve de Maryline Monroe, s’évade en regardant « Docteur Jivago ».



C’est grâce à l’enseignement artistique, assuré par des professeurs convaincus de ce qu’ils font et des potentialités des jeunes (il devrait en être de même dans l’enseignement ordinaire) que Yasmine découvrira le plaisir des mots, leurs pouvoirs quand ils sont dits, écrits, joués, interprétés. Mais là encore, son diplôme de comédienne en poche, on lui annonce, tout de go, qu’elle ne jouera jamais Juliette mais sera une intéressante soubrette. Un spectacle bouleversant par sa vérité crue de racisme ordinaire, de honte de soi.


Théâtralement, aucun défaut dans cette représentation tirée au cordeau. La mise en scène de Bouchra Ezzahir est simple, dynamique, variée (judicieuse utilisation de la vidéo) et symbolique. Elle dévoile une femme blessée par l’intolérance, l’absence du père et son décès inopiné mais qui a transformé ses blessures en une force pour aimer son art, la vie et autrui.


Ce spectacle tout public (à partir de douze ans) d’une grande richesse humaine, vient de remporter le Prix de la Ministre de l’Enseignement secondaire aux Rencontres Théâtre Jeune Public à Huy, rendez-vous incontournable des programmateurs de la francophonie.


Isabelle SPRIET – Huy, 28 aout 2023


Écriture, jeu, costumes : Yasmine Laassal Écriture, mise en scène, scénographie, vidéos : Bouchra Ezzahir Création et régie lumières sons : Gaëtan Van den Berg Régie vidéo : Antonin De Bemels

Construction scénographie : Stéphane Dubrana Photo : Carole Cuelenaere

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