Un théâtre du sensible, d’une beauté rare
- ruedutheatre
- 22 févr.
- 3 min de lecture
« La Fresque » de Vincent Delerm
Au Théâtre du Manège de Mons, Vincent Delerm signe un objet scénique singulier : un concert qui déborde de ses propres frontières. Une fresque sensible où l’artiste orchestre sa vie comme un film en direct.
Le compositeur présente un spectacle inclassable. Ni concert. Ni théâtre. Ni cinéma. Un mélange des trois. Une performance totale où chant, récit, humour et images se répondent avec une précision d’horloger.
Le décor installe le mystère : deux pianos face à face, une table de mixage, un triptyque d’écrans encore muets. Dès l’ouverture, l’artiste brouille les pistes. Une silhouette apparaît sur l’écran central. On croit le voir derrière la toile. Mais il surgit côté jardin, parfaitement synchronisé avec son double projeté. Virtuosité. Illusion. Le ton est posé.
Il enchaîne avec un récit slamé. Souvenirs d’enfance, drôles et décalés. Les garçons fans de foot et de blockbusters. Lui, plutôt badminton et films d’auteur. Il dépeint avec une ironie mordante ce cycle infernal : gagner en division 1, monter en division 2, échouer, redescendre. Une spirale perpétuelle illustrée par la séquence absurde d’un match de ping-pong disputé contre lui-même. La salle rit. Une tendresse affleure.
Puis le spectacle bascule. Sur l’écran, un bal de personnes âgées en noir et blanc. Séquence muette, sublime. Delerm observe, imagine leurs vies, leurs secrets. Il devient spectateur parmi nous. Il nous invite à regarder nos propres souvenirs avec la même douceur.

« La Fresque » assemble des fragments d’existence. Le banal devient poétique. Il évoque sa prof de piano, aujourd’hui octogénaire. Une vidéo suit l’enfant qu’il fut jusqu’à sa porte. L’image passe à la couleur. Elle joue sur un piano désaccordé, une mélodie d’autrefois. L’émotion est là, simple, nue.
Puis sa grand-mère, filmée en gros plan, répétant : « Toi, tu auras la chance d’avoir vécu sur deux siècles ». Chance ou vertige ? Il laisse la question ouverte. Le fil remonte encore. Jusqu’à sa naissance. Jusqu’au couple que formaient ses parents. Les fantômes du passé reviennent. Et soudain, la technique frappe : un ami chanteur apparaît sur l’écran. Duo virtuel. Voix mêlées. Présent et passé fusionnent. Ses enfants surgissent eux aussi dans cette mosaïque. Une vidéo bouleversante dit son désir de les protéger du tumulte du monde.
Les chansons s’insèrent naturellement entre les récits. Vincent excelle dans l’art du contrepoint. Sur « Si beau », une femme en larmes apparaît à l’écran. Elle sourit malgré tout. Il chante cette amie en rupture sans pathos, révélant la beauté dans la fragilité. Le spectacle entier oscille entre nostalgie, humour et délicatesse.
Sur scène, il est d’une aisance totale. Il revisite ses anciens titres et glisse ses nouvelles compositions. Ensemble, ils composent une vie en plis et en nuances. On entend chaque mot. On rit. On pleure. On admire la maîtrise. C’est de l’orfèvrerie. On sort d’une célébration. Une ode à la joie d’être vivant. Un grand moment de théâtre de chanson.
Julien LALOY
Mons, février 2026.
Zouave Spectacles
Programmation :
· 6 mars — Toulouse — Halle aux Grains
· 10 au 14 mars — Paris — La Cigale
· 18 mars — Genève — Alhambra (Festival Voix de Fête)
· 28 mars — Limoges — Opéra / Grand Théâtre
· 3 avril — Annecy — Bonlieu Scène nationale
· 4 avril — Montpellier — Le Corum
· 10 avril — Marseille — Le Cepac Silo
· 18 avril — Roanne — Théâtre municipal (Printemps Musical)
· 6 mai — Sanary-sur-Mer — Théâtre Galli




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