Fantaisie pop et kitsch assumé : l’odyssée improbable de Paul
- ruedutheatre
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« L’histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée » de Nathalie Uffner
Le Théâtre de la Toison d’Or (TTO) délaisse ses galeries pour investir les planches du Centre Culturel d’Uccle avec une comédie musicale survitaminée dirigée par Nathalie Uffner. Adaptée de l’album « L’Histoire du suppositoire qui voulait échapper à sa destinée » d’Alex Vizorek et Caroline Allan, l’œuvre suit Paul, suppositoire promis à un avenir peu enviable. Coincé dans l’armoire à pharmacie d’une tante fantasque, il refuse de se résigner à son sort et s’élance dans une odyssée burlesque au cœur d’une salle de bain transformée en cabaret.
Dès l’ouverture, le ton est donné. La chanteuse belge Alice on the Roof, seule en scène, apparaît en rose scintillante et livre une version française de son titre « Easy Come, Easy Go ». Elle sera la narratrice, figure éthérée guidant le public à travers ce conte déjanté.
Le dispositif scénique, volontairement minimaliste, frappe par son efficacité. Côté jardin, une boîte de suppositoires démesurée ; côté cour, un buisson de roses géantes ; au centre, un écran qui déverse clips psychédéliques et animations pop-art. Cet univers « kitsch-camp » sert d’écrin à cinq comédiens qui enchaînent les rôles avec une virtuosité réjouissante. Les costumes de Chandra Vellut, d’une inventivité constante, permettent des métamorphoses instantanées qui participent pleinement au comique du spectacle.

La mise en scène adopte un rythme effréné. Portée par la direction musicale de Nicolas Fizman, elle mêle tubes internationaux (de Dua Lipa à France Gall en passant par Britney Spears) et créations originales signées par des artistes francophones. La partition sonore devient ainsi le véritable moteur de la dramaturgie.
Le texte, lui, navigue habilement entre humour visuel pour enfants et clins d’œil plus appuyés pour adultes. Les jeux de mots sur le transit et la pharmacopée abondent, mais sans jamais sombrer dans la facilité. Derrière la farce affleurent des thématiques contemporaines : consentement, féminisme, droit à l’anticonformisme.
La distribution, homogène et généreuse, porte le projet. Jérôme Louis, comédien, danseur et chorégraphe, incarne Paul avec une énergie électrique qui galvanise la salle. Julie Duroisin, toujours précise, excelle dans ses personnages délurés. Emmanuel Dell’Erba multiplie les figures hautes en couleur, dont une « tata » transgenre délicieusement irrévérencieuse. Mustii, quant à lui, apporte sa flamboyance habituelle.
Au final, le TTO signe une revue chantée impertinente, joyeusement décalée, mais pas creuse, qui laisse derrière elle quelques refrains entêtants. Cette réussite prouve qu’on peut parler à tous les publics sans jamais renoncer à sa singularité.
Julien LALOY
Bruxelles, le 22 février 2026.
Photographie @TTO
Texte : Alex Vizorek et Caroline Allan
Mise en scène : Nathalie Uffner
Avec : Emmanuel Dell’Erba, Julie Duroisin, Jérôme Louis, Mustii et Alice on the Roof
Scénographie : Charly Kleinermann
Costumes : Chandra Vellut
Création lumières : Sébastien Mercial et Nicolas Kluge
Coach vocal : Daphné D’Heur
Production Théâtre de la Toison d’Or - Avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement Fédéral Belge. Casa Kafka Pictures
Programmation :
Centre Culturel d’Uccle - Du 14 février 2026 au 01 mars 2026. Le vendredi et samedi à 20h, le dimanche à 15h.




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