Ligne ouverte : de la radio au plateau
- ruedutheatre
- il y a 27 minutes
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Aujourd’hui, à l’heure de la démultiplication des réseaux sociaux, rien de plus facile pour s’exprimer, dénoncer, témoigner, implorer, quémander et ce, à n’importe quel moment du jour ou de la nuit. Avec même la certitude d’être lu, vu, entendu et de recevoir, de surcroît, de nombreux retours. Il y a cinquante ans, c’était loin d’être aussi banal. Et ce sont les radios publiques et privées qui ont permis à des auditeurs anonymes de s’exprimer à une heure où la plupart des citoyens étaient couchés puisque c’était après minuit.
Pour sa première mise en scène, le jeune Vassili Schémann s’est approprié le contenu d’une dizaine d’appels téléphoniques choisis parmi les centaines que l’animateur d’Europe 1 Gonzague Saint Bris a reçus, les plus marquants réunis dans un livre édité fin des années 70.
La gageure est de transposer un dialogue intimiste où les deux interlocuteurs ne se voient pas en un échange bien réel entre deux personnes, pour un public venu voir un spectacle. Dit autrement, comment passer de la radio au plateau, comment basculer dans la théâtralisation ?

Et c’est, en effet, à une exemplaire et instructive leçon de théâtre que nous assistons. Sans décor ni accessoire, quelques notes de Satie rappelant juste le générique de l’émission de l’époque, trois interprètes occupent l’espace dans une énergie maîtrisée et des éclairages judicieusement pointés, incarnant tour à tour avec une extrême justesse l’historien présentateur et des inconnus qui se confient au téléphone au milieu de la nuit.
Les mots, les interrogations, les doutes, les blessures, les fragilités révélés par l’ouvreuse du cinéma porno, l’employé de pompes funèbres, Dora la Juive, John l’amoureux d’un prêtre, Marc habité par la vengeance, le cheminot seul la nuit de Noël, le prisonnier Daniel en permission de sortie,… font encore terriblement écho aujourd’hui.
Si le début du XXIe siècle est caractérisé par des avancées et des changements technologiques, scientifiques, économiques et climatiques qu’on n’aurait même pas imaginés, il y a dix ans à peine, l’être humain, son moi intérieur et intime, n’a lui absolument pas changé : toujours les mêmes failles, émotions et aspirations.
Un théâtre documentaire émouvant qui donne à réfléchir. La mission de l’art vivant.
Isabelle SPRIET
Tournai, 2 février 2026
D’après "Ligne ouverte au cœur de la nuit" de Gonzague Saint Bris et d’autres extraits d’émissions de radio de nuit
Mise en scène et dramaturgie : Vassili Schémann
Avec Chloé Larrère, Anthony Ruotte et Gabriele Simonini
Lumière : Laurent Schneegans
Assistanat mise en scène : Laura Ughetto
Création sonore : Adrien Pinet
Costumes et scénographie : Micha Morasse assistée de Zoé Ceulemans
Regard extérieur : Alice Borgers
Avec l'aide d'Isabelle Lafon
Photo : Juliette Halloy
Tournée
10 – 14/02 Théâtre de Namur
11 et 12/03 Central La Louvière
23/03 Centre culturel Mouscron
27 et 28/03 Scène du Bocage Herve
04 – 25/07 Avignon




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