La Polonaise amoureuse de Chopin
- ruedutheatre
- il y a 2 jours
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Une évidence pour les organisateurs tournaisiens du festival Rencontres Inattendues (16e édition) qui allie musique et philosophie que d’inviter Éric-Emmanuel Schmitt, auteur et interprète de « Madame Pylinska et le secret de Chopin » publié en 2018 et joué, notamment, au Festival Off d’Avignon en 2021.
La grande salle du rez-de-chaussée de la Halle aux draps est occultée. Sur une scène éphémère, quelques partitions surmontent un piano de concert au cœur ouvert ; se distinguent dans la pénombre un coin salon, un coin bureau et quelques accessoires.
Le sociétaire de l’Académie Goncourt, très attendu par le/son public, apparaît en costume bleu et chemise blanche. D’emblée, le veston déposé, il nous confie que, dans sa maison d’enfance lyonnaise, siégeait un « intrus » baptisé Schiedmayer. Si sa sœur entretenait avec lui une relation en le réveillant chaque jour vers midi, lui, le haïssait, rebuté par ses grondements et son air lugubre. Jusqu’à ce dimanche où sa tante Aimée soulève son couvercle de bois et joue du Chopin. Il a six ans et le soir même exige d’avoir des cours. Souhait exaucé. Plus tard, Madame Pylinska, une Polonaise émigrée, interprète experte du compositeur compatriote, à la pédagogie intuitive et non classique, sera sa prof de piano à Paris.

L’homme-écrivain a le sens de la formule, ses phrases tantôt poétiques, humoristiques, caustiques enchantent les spectateurs maintenus en tension et attention. Amusant, cocasse d’entendre que Pavarotti est l’homme qui nous amène jusqu’à lui tandis que Chopin nous mène vers un ailleurs ; que Liszt est un compositeur de cirque, George Sand, une pondeuse de livres qui a aidé son amour de musicien à s’épanouir tel un coquelicot à l’abri du vent. L’ensemble est drôle et instructif.
L’homme-comédien, au phrasé rapide, possède une réelle présence par sa gestuelle précise, juste, souple et non illustrative. Il passe avec aisance et crédibilité d’un personnage à l’autre malgré les nombreux chats (étaient-ce ceux de madame Pylinska ?) venus squatter à maintes reprises sa gorge. Une belle et harmonieuse complicité le relie à son partenaire pianiste virtuose, Nicolas Stavy, pleinement investi, au service du récit. Mots savoureux et notes mélodieuses emplissent le bâtiment datant du 17e.
Si Schmitt affirme que Chopin est un musicien qui n’exprime pas les sentiments mais les provoque, il n’est, lui, pas totalement parvenu à nous émouvoir, ayant tendance à un peu trop s’écouter, au point de prolonger la représentation, certes plaisante et techniquement exemplaire, jusqu’à n’en plus finir… Pavarotti réincarné ?!
Isabelle SPRIET
Tournai, 31 août 2026
Photo © D R
Auteur et comédien : Éric-Emmanuel Schmitt
Mise en scène : Pascal Faber
Pianiste : Nicolas Stavy
Lumières : Sébastien Lanoue




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