Mains jaunes de filles en or
- ruedutheatre
- il y a 2 jours
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Les filles en mains jaunes – 95.Au Verbe fou, - 10 h 45
L’art vivant au service de l’Histoire : première guerre mondiale, parce que tous les hommes en capacité de travailler ont été mobilisés, ce sont les femmes, tous niveaux et classes confondus, qui ont quitté leur foyer pour les chaînes d’usines d’armement.
Sur scène, elles sont quatre. Quatre femmes, chacune avec une histoire qui lui appartient, se retrouvent dans un atelier d’usinage d’obus. Rose (Alicia Rousseau), dite le Bibelot, est maman de deux enfants, instruite et n’a jamais travaillé, du moins hors de chez elle. Julie (Lucile Roux-Baucher), dite Julie Finaude, la sensuelle, toujours amoureuse, aime la vie et ne pose pas trop de questions. Jeanne (Love Bowman), dite Tête de fer, plus âgée, un rien aigrie, a été couturière et râle en permanence. Louise (Nolwen Cosmao), dite Coquelicot, n’a ni fiancé ni mari, a pratiqué de petits boulots, rêve de poursuivre des études et devenir journaliste.
Les voilà devenues manutentionnaires, ouvrières aux corps frêles pour des engins imposants. Le travail est harassant, exténuant, dangereux dans un lieu insalubre. Pas le choix : elles entrent dans le rythme de la machine et la machine entre dans leurs têtes. Les conditions d’hygiène et de sécurité n’effleurent aucunement le Gradu, contremaître dont elles dépendent et qui joue de son pouvoir terrifiant et terrorisant.

Qu’à cela ne tienne, elles vont s’apprivoiser, s’écouter, se respecter, s’épauler pour édifier un quatuor plus fort que la mécanique. Les fondations du mouvement féministe pour l’égalité des droits entre hommes et femmes émergent.
Pour rendre compte de cette réalité historique, politique et sociétale, l’ingénieux metteur en scène, Alexander Liebe, n’a eu besoin ni d’un scénographe, ni d’un accessoiriste. Si son casting est, certes, judicieux, il a pu compter sur quatre excellentes comédiennes, chacune pleinement habitée par son texte, ce qui reflète un travail à la fois personnel et collectif considérable et minutieux. L’atmosphère et l’émotion sont rendues par des séquences qui s’enchaînent, des arrêts sur images, de subtils changements de costumes, des entrées et sorties variées, des éclairages parfaitement pointés, une bande son continue adaptée.
Une pièce bouleversante, facilement délocalisable, utile voire indispensable pour rappeler ce pan de l’Histoire ainsi que la richesse, les potentialités du théâtre, du vrai théâtre, du théâtre sans tape à l’œil mais qui embue les yeux.
Isabelle SPRIET
Avignon, 12 juillet 2026
Photo : Compagnie en Suspens
Texte : Michel Bellier (Lansman Editeur)
Mise en scène : Alexander Liebe
Interprétation : Love Bowman, Nolwen Cosmao, Alicia Rousseau, Lucile Roux-Baucher
Costumes : Rose Merle, Alicia Rousseau




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