Plus que jamais, d’utilité citoyenne
- ruedutheatre
- il y a 4 jours
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Un procès après l’ennemi du peuple – Festival In –
Gymnase du lycée Aubanel – 20 juillet – 18 h et 22 h
Déjà, il y a 150 ans, le norvégien Henrik Ibsen, dans sa pièce « Un ennemi du peuple », révélait le fossé entre rentabilité économique et vérité scientifique. Aujourd’hui, Christiane Jatahy et Wagner Moura ont imaginé le procès de cet homme à abattre parce qu’il a osé alerter la population d’un danger de contamination. Démonstration magistrale pour redonner un sens à la démocratie, la vraie.
S’il y a bien un domaine, un univers où tout ou presque tout est faux et n’existe que par le jeu d’acteurs, le faire semblant, c’est le théâtre. Et pourtant… Christiane Jatahy et Wagner Moura, tous deux nés au Brésil, marqués par la gouvernance de Bolsonaro aujourd’hui incarcéré, ont collaboré pour mettre sur pied, sur plateau, un véritable procès avec accusé et défense, jurés tirés au sort parmi les citoyens spectateurs, témoignages, experts, délibération et conclusion.
Point de départ : le Docteur Thomas Stockman (Danielo Grangheia), marié et père de trois enfants dont une fille qui sera son avocate (Julia Bernat), découvre que les eaux thérapeutiques de sa ville thermale attirant de nombreux touristes et donc galvanisant l’économie locale, sont chimiquement contaminées par une usine de tannerie. Il tente d’en informer les autorités, le maire qui n’est autre que son frère (Wagner Moura) et d’alerter les habitants. Malgré l’évidence, il est rapidement et publiquement discrédité, accusé de vouloir le malheur de ses concitoyens, banni de tous ; même son épouse finit par lui en vouloir puisque cet acte même pas héroïque, juste logique, entraîne tensions et graves difficultés au sein du foyer.
Parce qu’il n’a jamais agi ni contre sa ville ni contre les gens, parce que ce ne sont plus les faits mais uniquement leurs versions qui ont prévalu, parce qu’il estime avoir le droit de s’exprimer, le médecin calomnié se bat pour sa réhabilitation.

Nous assistons au procès de la deuxième chance. Les deux frères se déchirent, convaincus chacun de leur vision, divergente et donc incompatible : l’un affirmant que l’économie ne peut pas passer devant la vie des gens ; l’autre, que la vie des gens dépend de l’économie. Argumentations, contre-argumentations, plaidoiries, preuves, témoignages notamment de ceux qui ont retourné leur veste (la presse, par exemple), se succèdent.
Comme le procès n’est pas à huis clos, nous sommes public attentif à tout ce qui est dit et montré. Plus les débats avancent, pointant l’importance de l’éducation, plus nous sommes, non seulement ébranlés, stupéfaits par la gravité, la monstruosité de la controverse mais aussi effrayés parce que ce genre de polémiques pullule aujourd’hui sur les réseaux dits sociaux et dans les propos plus que démagos de dirigeants qui ont pour eux la majorité électorale mais pas pour autant raison.
Tandis que le jury se retire pour délibérer et voter l’acquittement ou non, Thomas Stockman avoue que cela ne changera rien pour lui. Face à nous, il reste un homme seul, blessé, profondément sensible et humain qui n’a d’autre solution que de partir. Ce procès théâtralisé d’une extrême justesse, d’une extraordinaire et saisissante intensité, sans le moindre surjeu ni pathos marque les esprits et nous interroge sur ce que sont devenues nos démocraties. Un grand moment de théâtre à programmer sur les cinq continents.
Isabelle SPRIET
Avignon, 17 juillet 2026
Photo© Christophe Raynaud de Lage
Texte Christiane Jatahy, Wagner Moura, Lucas Paraizo
Conception et mise en scène Christiane Jatahy
Avec Julia Bernat, Danilo Grangheia, Wagner Moura / Dans le film Jonas Bloch, Marjorie Estiano, Salvador Moura / Enfants dans le film Antônio Falcão, José Moura, Henry Soares Paes Leme / Participation en ligne Tatiana Henrique
Acteurs invités lors de différentes représentations Viviane Pavillon, Matthieu Sampeur
Un projet de Christiane Jatahy et Wagner Moura
Scénographie, éclairage et collaboration artistique Thomas Walgrave
Vidéo Julio Parente
Costumes Marina Franco
Direction de la photographie et caméra Paulo Camacho
Conception sonore et mixage Pedro Vituri
Traduction française pour le surtitrage Claudia Petagna, Thomas Walgrave
Traduction anglaise pour le surtitrage Thomas Walgrave
Tournée
26 et 27 juillet 2026 - Epidaurus Athens Festival -(Athènes, Grèce)
30 et 31 juillet 2026 -Grec Festival - (Barcelone, Espagne)
7, 8, 9 et 10 août 2026 - Edinburgh International Festival-(Écosse)




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