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Debout, ensemble

ruedutheatre
il y a 3 minutes
3 min de lecture

« L’invisible n’est pas inexistant » du collectif Venedig Meer

Théâtre Varia - Bruxelles


Au Théâtre Varia, le collectif Venedig Meer orchestre une traversée sensible autour de l’adieu au sein d’un foyer d’adoption. Grâce à une scénographie ingénieuse, la pièce transforme l’incurable en un élan de douceur lumineuse. L’art de tenir debout ensemble : une expérience d’une tendresse réparatrice.


Désarmer la tragédie par la poésie de l’intime : tel est le pari de la création. Dans un espace épuré, un trio bilingue compose un refuge chaleureux. Rinus, père affaibli par la maladie, veille sur Moïra avec Eva, alliée fidèle aux fragilités psychiques assumées. Face à l’échéance, l’enfant convertit l’angoisse en féerie. L’écriture refuse le pathos pour sonder la solidarité de cette famille de cœur.


La scénographie érige le jeu en dispositif écologique. Dans ce salon, la barque cartonnée de la fillette et les objets mimés remplacent la surcharge matérielle. De part et d’autre du plateau, quatre récipients d’eau descendent lentement au bout de poulies. Leur poids alimente des génératrices produisant l’éclairage en direct. La lumière faiblit au rythme de la chute, matérialisant la déperdition d’énergie du convalescent.


Cette démarche s’accompagne d’une coopération horizontale. La frontière entre équipe artistique et technique s’efface : le régisseur quitte sa cabine, rejoint les interprètes et actionne les leviers. Le croisement du français et du néerlandais s’ajoute à des monologues métaphysiques et à des ruptures d’adresse. Ces instants où les acteurs abandonnent le personnage pour livrer leurs failles, comme la crise d’hystérie évoquée par Eva ou le chant d’adulte de la fillette, font de la salle le témoin direct d’un dévoilement profond.

La dramaturgie se prolonge dans une partition corporelle virtuose. Le jeu repose sur un système de contrastes physiques et vestimentaires particulièrement signifiant. Face à la volatilité des deux figures féminines, Lode Thiery adopte une retenue pudique, presque hiératique. Vêtu d’un costume unique, son ancrage incarne la fixité ; sa gestuelle, réduite à des rituels microscopiques comme la découpe minutieuse de légumes, devient un point stable autour duquel s’agite le vivant. À l’opposé, Florence Minder traduit la précarité sociale et le trouble psychique par une tension musculaire continue. Sa parole syncopée et sa versatilité glissent sans transition de la farce au désarroi. Entre eux, Lucile Charnier déploie une métamorphose permanente : ses changements de costumes et ses suspensions physiques, jusqu’à cet envol sur câbles guidé par le père, matérialisent le contraste entre le poids du drame et le besoin vital de lévitation.


La régie sonore s’appuie sur une bande-son omniprésente qui agit comme un ciment dramatique. La musique ne comble pas les silences : elle structure la temporalité, impose un flux continu contre lequel les personnages luttent pour faire entendre leur voix.

Ces frictions convergent vers la notion de soin. La troupe aborde la souffrance et le deuil avec un réconfort précieux. L’humour désamorce l’effroi. Le cadre sensoriel participe à cet apprivoisement : la fumée de sauge embaume l’enceinte et rend tangible la frontière perméable entre vivants et absents. Plus loin, un épisode en ombres chinoises derrière un tulle montre l’apprentissage de la cosmétique mortuaire, transformant un tabou en geste attentionné d’une grande dignité.


L’accumulation de sujets effleure parfois certains thèmes, laissant poindre une légère frustration face à cette allure soutenue. Malgré ce survol, la proposition dégage une humanité bouleversante : un hymne réparateur à l’art de se soutenir.

Julien LALOY

Bruxelles, 16 octobre 2026

Photographie © varia


Concept et mise en scène : Venedig Meer

Jeu : Lucile Charnier, Florence Minder, Lode Thiery

Écriture : Florence Minder

Direction d’acteur·ices : Julien Jaillot

Assistanat à la mise en scène : Médéa Anselin

Régie générale et régie plateau : Yorrick Detroy

Scénographie et création lumière : Arié van Egmond

Création costumes : Solène Valentin

Création sonore et composition musicale : Pierre-Alexandre Lampert

Collaboration artistique : Valérianne Poidevin

Consultance dramaturgique : Baptiste Toulemonde

Traduction : Daphne Agten

Assistanat scénographie et lumière : Benjamin Muzart

Accessoires : Rafaëlle Roux

Stagiaire scénographie et constructions : Pénélope de Turenne

Régie lumière : Lou van Egmond


Tournée :

Varia – Théâtre & Studio (Bruxelles, BE) : 13 au 17 octobre 2026

Théâtre National Wallonie-Bruxelles (Bruxelles, BE) : 9 au 11 décembre 2026

Mars – Mons Arts de la Scène (Mons, BE) : 17 et 18 février 2027

 
 
 

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