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Des combattantes ignorées : humainement intéressant, théâtralement décevant

  • ruedutheatre
  • il y a 7 minutes
  • 2 min de lecture

« La guerre n’a pas un visage de femme »

d’après Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature

 

Depuis que l’homme est homme, des combats, des conflits, des guerres se sont succédé et constituent la grande Histoire, quasiment toujours relatée par des hommes. Petite bombe : une écrivaine, une metteure en scène et dix comédiennes, obstinées et vaillantes, apportent un éclairage nouveau sur la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement sur ces « filles de front » russes qui ont combattu l’Allemagne nazie.

 

Nous sommes en 1975, trente ans après l’armistice, dans un appartement communautaire de l’URSS encore unifiée. Une journaliste se considère comme enfant de la victoire d’une guerre qu’elle n’a pas connue mais présente dans toutes les conversations, dans tous les événements familiaux, du baptême à l’enterrement de ses proches. Elle souhaite écrire un livre, recomposer une histoire à partir de fragments vécus et que cette histoire soit féminine. Elle va donc à la rencontre de ces vétéranes qui se sont engagées dans une guerre patriotique alors qu’elles étaient très jeunes, à la limite, à peine pubères.

 

La journaliste se demande comment on bascule d’une vie ordinaire à une vie extraordinaire de brancardières, infirmières, médecins, pilotes d’avion, quel est l’instant ‘T’ de l’engagement ? D’autres questions la hantent : est-ce que la haine est un moteur pour la guerre ? Y a-t-il une différence entre un homme et une femme sur le front ? Pourquoi n’ont-elles pas parlé ensuite ?

Photo : Christophe Raynaud de Lage
Photo : Christophe Raynaud de Lage

Assises pendant plus d’une heure, puis debout durant la suivante, ces rescapées répondent, s’écoutent les unes les autres, interagissent, complètent un point de vue, dénoncent des préjugés, réajustent les faits historiques, confient des événements personnels et intimes. Elles parlent, débattent, sur un même ton, aigu et rapide, mais pas revanchard. Des constats. L’inquisitrice prend note. Donner à savoir que ces guerrières sont inexistantes, avant, pendant, après ; que le monde des femmes dans un milieu de mâles est plus effrayant que la mort ; qu’un homme mutilé est un héros tandis qu’une femme a, elle, son destin scellé ; femmes culpabilisées juste utiles à procréer pour repeupler.

 

Cette réalité de vécus dramatiques se déroule dans un impressionnant et imposant décor de quotidien ordinaire plus qu’hyperréaliste. Une scénographie recherchée qui contrebalance un éventuel débat dans un décor aseptisé de studio télévisuel. Nous sommes bien au théâtre sans néanmoins de véritables actions scéniques et donc d’émotions. Un message qui passe, en partie noyé dans le déluge des mots.

 

Isabelle SPRIET

Villeneuve d’Ascq, 29 avril 2026

D’après le livre de Svetlana Alexievitch

Mise en scène : Julie Deliquet

Distribution : Julie André, Astrid Bayiha, Évelyne Didi, Marina Keltchewsky, Odja Llorca, Marie Payen, Amandine Pudlo, Agnès Ramy, Blanche Ripoche, Hélène Viviès

Traduction : Galia Ackerman, Paul Lequesne

Version scénique : Julie André, Julie Deliquet, Florence Seyvos

Collaboration artistique : Pascale Fournier, Annabelle Simon

Scénographie : Julie Deliquet, Zoé Pautet

Lumière : Vyara Stefanova

Costumes : Julie Scobeltzine

Régie générale : Pascal Gallepe

Construction du décor : Ateliers du Théâtre Gérard Philipe

 

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