Quand la scène devient un ventre qui parle, qui brûle, qui libère
- ruedutheatre
- il y a 5 jours
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« Ce que le ventre dit » de Lisette Lombé & Marc Nammour
À la Maison Poème, Lisette Lombé et Marc Nammour livrent un spectacle incandescent où slam, rap et électro se fondent. Une traversée intime et politique qui laisse l’auditoire dans une forme de transe douce.
La salle est confidentielle. Sur le plateau, le DJ se tient derrière ses platines, comme un cœur battant prêt à irriguer l’espace. Deux pupitres l’encadrent. Le duo entre. Elle, en rouge éclatant. Lui, en sobriété tendue. Et tout s’embrase. Elle slame, il rappe. Très vite, les frontières s’effacent. Leurs voix se heurtent, se répondent, se prolongent. Une seule pulsation. Une nécessité de dire.
La musique, portée par Jérôme Boivin à la basse et aux claviers, donne aux textes une densité physique. Entre deux morceaux, Lisette et Marc laissent respirer le public. Ils évoquent la genèse de certains passages, ce qui les a déclenchés, ce qui les travaille encore. Ces éclairages ponctuels affinent le récital sans rompre le mouvement. Chaque tableau ouvre un fragment de leur histoire. Leurs racines, belgo‑congolaises pour elle, franco‑libanaises pour lui, se muent en matière poétique. Ils abordent les transmissions lourdes, les mémoires qui collent, les cités sans folklore. Les identités multiples, le féminisme, le transfuge de classe affleurent sans jamais devenir slogans : tout passe par la langue, par l’incarnation.

La poétesse impose ici une maîtrise rare. Sa diction est d’une précision remarquable, son phrasé immédiatement identifiable. Sa parole passe aussi par le corps : elle danse, sculpte l’air autour d’elle. Une manière de rendre la performance profondément charnelle. Dans une chanson dédiée à sa mère, elle laisse remonter la honte héritée jusqu’à la faire « vomir » symboliquement. Le geste, répété, devient un acte de libération. Ce moment suspendu parcourt la salle comme une onde.
L’intime rejoint souvent le monde. Marc évoque son père, son combat contre le cancer du pancréas, et en écho, le Liban qui vacille sous les attaques. Une douleur répond à une autre. La petite histoire et la grande se superposent, comme si le corps d’un homme et celui d’un pays respiraient ensemble. Soudain, la douceur se tend. Un cri contre le fascisme surgit. Le texte frappe, les voix se durcissent et le refrain « Siamo tutti antifascisti » s’élève, scandé comme un appel commun. Ils invitent à le reprendre à l’unisson et les spectateurs répondent, soulevés par cette énergie partagée. Peu à peu, une forme de légèreté revient. « Joie » se déploie, irrésistible, et met la salle debout. Malgré les blessures, malgré les secousses du monde, la tendresse demeure. Il reste cette possibilité de se délester, de se réinventer.
« Ce que le ventre dit » laisse une trace profonde. Une poésie électro qui traverse le corps autant que l’esprit. Un moment où la scène devient un théâtre intérieur, où chacun reconnaît ce qu’il porte et ce qu’il peut laisser aller. Une secousse nécessaire dont on ressort plus vivant.
Julien LALOY
Bruxelles, le 15 avril 2026.
Photo ©KW
Texte et voix : Lisette Lombé ·
Musique, texte et voix : Marc Nammour ·
Basse, claviers et machines : Jérôme Boivin ·
Régie Son : Olivier Bergeret ·
Création Lumière : Grégoire Pineau ·
Coproduction : La Machinerie, Les Scènes du Golfe, La Maison poème.
Programmation :
21 représentations au Théâtre des Doms, au Festival d'Avignon, tout le mois de juillet.
18/04 La Gacilly
22/04 Paris
23/04 Vénissieux
24/04 Vénissieux
24/05 Saint-Malo
28/05 Rouen




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