Du rire au vertige : le TTO dévoile nos fractures
- ruedutheatre
- il y a 14 heures
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« Névroses banales » de Betty Mansion
Sous les voûtes intimes du Little TTO, la chorégraphe Betty Mansion transforme nos petites fêlures quotidiennes en une partition physique intense. Une plongée dans l’absurdité de nos comportements qui, par la magie du geste, finit par nous libérer.
En entrant dans la salle, on est immédiatement enveloppé par une intimité presque confidentielle. L’espace, plongé dans un noir profond, n’est troué que par quatre cubes de bois clair. D’abord anodins, ils se muent tour à tour en refuges, obstacles ou piédestaux, révélant les névroses que la pièce met en jeu.
L’ouverture est volontairement trompeuse : quatre corps aux tenues éclatantes déboulent dans une énergie clownesque. Mimes, œillades, légèreté… on croit entrer dans une farce. Puis, sous la lumière, cette joie se fissure. Les teintes se fanent, l’effort affleure, et le jeu glisse insensiblement vers une exploration plus intime. Peu à peu, chacun se met à nu, laissant surgir ses failles par la seule force du mouvement.
L’une des forces de la mise en scène tient à son usage total du lieu. Le quatuor déborde du plateau, investit les coulisses, surgit des escaliers, se glisse entre les gradins. Cette circulation oblige le public à rester en alerte, à tourner la tête, à lever les yeux pour saisir un corps qui passe. Cette immersion abolit toute frontière entre scène et salle, rappelant que ces fragilités ne sont pas seulement « les leurs », mais aussi les nôtres.

La pièce est construite comme un cycle de vie psychologique : des chorégraphies de groupe alternent avec des solos puissants, symbolisant chacun une « rechute ». On y découvre des troubles que l’on pourrait qualifier de banals tant ils nous sont familiers.
On pense à cette femme au foyer, prisonnière d’un burnout qui ne dit pas son nom. Sa performance commence par un sourire forcé, une volonté de rassurer son monde alors que tout s’effondre. Ses mouvements, d’abord fluides, deviennent agressifs, répétitifs, jusqu’à la lutte physique contre elle-même. C’est le portrait d’une guerre intérieure, où l’on tente de s’extraire d’un quotidien qui nous étrangle. Plus loin, le spectacle aborde nos addictions modernes. Dans un tableau saisissant, les protagonistes zappent devant des programmes invisibles, une métaphore de notre société d'écrans où l’on « scrolle » nos vies comme on change de chaîne.
L’un des aspects les plus touchants reste la présence du collectif. Même dans les solos les plus sombres, les autres demeurent en retrait, vigilants. Ils ne regardent pas : ils soutiennent, véritables « personnes ressources ».
La bande-son, menée avec précision, culmine dans un final presque cathartique. Sur « Freed from Desire », la scène s’embrase en une joie éclatante. Les interprètes abandonnent l’accessoire qu’ils portaient, geste simple mais chargé, comme si chacun déposait enfin son fardeau. Le message s’impose : ce qui nous pèse peut tomber. On quitte la salle avec l’impression d’avoir partagé une forme de thérapie collective par le mouvement.
Julien LALOY
Bruxelles, 8 mars 2026.
photo: DR
Programmation :
Théâtre de la Toison d'Or (Little TTO), Galeries de la Toison d'Or, 1050 Ixelles.
Du 4 au 28 mars 2026. Mercredi à 19h30 ; jeudi, vendredi et samedi à 20h30.
55 minutes.
Distribution :
Chorégraphie et mise en scène Betty Mansion (Play me a dance)
Avec Isabelle Audoan, Roxanne Hardy, Betty Mansion et Jérôme Louis
Co-metteur en scène Médhi Beduin
Œil extérieur Nicolas Provot
Assistante chorégraphe Julia Spiesser
Coach musical Alec Mansion
Création lumière et son Isabelle Simon
Styliste Fernando Mirò de Pinho Tavares




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