Elvis comme dernier refuge
- ruedutheatre
- il y a 4 jours
- 2 min de lecture
« Larrons en baskets bleues » d’Héloïse Ravet
Quatre amis se retrouvent, comme chaque 16 août, pour célébrer l’anniversaire de la mort d’Elvis Presley dans un hangar improbable. Entre burlesque, tendresse et glissements vers le fantastique, Héloïse Ravet propose une veillée masculine douce‑amère, où l’icône du King devient le refuge fragile d’existences cabossées.
D’abord tapies dans l’obscurité, quatre silhouettes laissent entendre leurs voix avant de se dévoiler. Elles avancent vers un plateau dépouillé, traversé de néons apparents, qui impose d’emblée l’austérité du lieu. Jean‑Damien, Pascal, Joël et Mathurin arrivent presque les mains vides. Ils déposent peu à peu leurs objets kitsch, modestes gages d'une fidélité obstinée au King.
Ravet dirige sa distribution avec une attention précise aux variations internes du quatuor. Les chants, les pas de danse, les taquineries et les gestes de soutien composent un langage commun où la vulnérabilité circule librement. Chacun incarne une masculinité différente, éloignée des modèles dominants, ce qui donne au collectif une humanité complexe, jamais caricaturale. La scénographie englobe l’ensemble de l’aire de jeu, jusqu’aux gradins, et inscrit le public dans cette fraternité de fortune.

Ce qui commence comme une soirée potache bascule peu à peu vers une tonalité plus sombre. La lumière se resserre, les voix se fêlent, les gestes se figent. Une dimension quasi mystique s’installe, nourrie par un moment où les quatre hommes avancent ensemble, portés par une effigie bricolée et un chant murmuré qui les soude autant qu’il les trouble. La frontière entre croyance, hallucination et jeu reste volontairement floue.
Si l’ensemble émeut par sa sincérité, quelques choix de rythme atténuent l’impact émotionnel. Les passages comiques, trop retenus, arrachent un sourire là où une rupture de ton aurait renforcé la gravité sous‑jacente. Les trajectoires individuelles, encore esquissées, gagneraient à être davantage creusées : les interprètes en ont la force et une écriture plus affirmée leur offrirait un terrain plus ample.
Sous les paillettes fanées du King, c’est une vulnérabilité à vif qui affleure. Le rituel n’a rien de grandiose : il sert simplement à repousser la nuit un peu plus loin. Dans cette fragilité assumée, la mise en scène trouve une vérité rare, celle d’hommes qui n’ont plus que leur fiction commune pour ne pas disparaître.
Julien LALOY
Bruxelles, le 05 avril 2026.
Photo @AF
Avec Michele de Luca, Ibrahima Diokine Sambou, François Heuse, Titouan Quittot
Mise en scène Héloïse Ravet
Scénographie et direction technique Clara Dumont
Assistanat à la mise en scène Victor Rachet, Annah Schaeffer
Création son Olmo Missaglia
Création lumière Giacomo Gorini
Création costumes Solène Valentin
Coach Vocal Raphaële Germser
Régie lumière Matthieu Vergez
Photographe plateau et captation Alexandre Fytrakis
Coordination de production Victor Rachet, Antoine Herbulot
Développement, communication et diffusion BLOOM Project
Programmation :
Bruxelles - Studio Varia : du 31 mars au 10 avril 2026
Kinneksbond - Centre Culturel Mamer (Luxembourg, LU) 29 avril 2026




Commentaires