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Prompt et sans bavure

ruedutheatre
il y a 5 heures
2 min de lecture

La fin de la civilisation, Théâtre le Funambule, Paris 75018


La Fin de la civilisation. Derrière ce titre aux accents d'apocalypse se cache une comédie féroce et satirique, portrait craché de nos névroses contemporaines face à la technologie. Une création audacieuse signée Alain Péron.


Le dispositif du huis clos est un classique de l'art dramatique, mais l'auteur le modernise ici avec cynisme. Quatre archétypes de notre quotidien - un père débordé, une râleuse invétérée, une jeune femme volcanique et un aîné loquace - se retrouvent prisonniers d'un laboratoire d'analyses. Le geôlier ? Clara, une intelligence artificielle zélée qui interprète leurs mesquines disputes comme les symptômes cliniques d'un virus hautement contagieux. Confinement immédiat, téléphones confisqués.


La mise en scène de Fanette Jounieaux Maert règle ce piège numérique comme une horloge. Le rythme est haletant, transformant la scène en un véritable escape game théâtral où la tension monte d'un cran à chaque injonction de la machine. Les répliques fusent, acérées, oscillant habilement entre le rire libérateur et le grincement de dents. C'est là toute la réussite du texte : nous faire rire des absurdités de la déshumanisation en cours.

Sur les planches, le quatuor de comédiens (Chloé Boccara, Max Bousbib, François Marion et en alternance Anaïs Alric ou Patricia Perrault) déploie une énergie contagieuse. Le jeu est fluide, organique, et le public salue une justesse rare, en particulier pour le personnage du vieux monsieur, formidable vecteur de poésie et d'émotion dans ce monde de données froides.


Plus fine qu'une simple farce technophobe, la pièce pose une question fondamentale : et si le véritable virus à éradiquer était notre incapacité chronique à vivre ensemble ? Une réussite théâtrale courue par les spectateurs, dont on ressort le sourire aux lèvres et l'esprit en alerte.

Il te faut reprendre désormais la main, spectateur et lecteur. Car, plus subtil encore, la pièce appuie sur le lien schizophrène que tu entretiens avec "les machines" et le grave danger qui te menace et menace l'humanité : c'est de vouloir s'en servir pour aller plus vite et nourrir ta flemme galopante, que ce soit pour tisser un lien de qualité avec tes semblables ou pour réfléchir et développer ton esprit critique. Prompt, mais pas sans bavure. 


Stephen BUNARD

Paris, 18 octobre 2026


Photo (c) Alain PERON - Retouche Gemini

Ecriture : Alain Péron

Mise en scène : Fanette Jounieaux Maerten

Distribution : Chloé Boccara, Max Bousbib, François Marion et en alternance Anaïs Alric ou Patrica Perrault

Production Cie Hent Ar Mor

Durée : 1h10

 
 
 

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